Summary: Daisy Lovecraft, une adolescente mal élevée, en fait voir de toutes les couleurs aux Cartwrights
Rated: K WC 2100
Mais où est mon cheval
A peine l’avait-il vue entrer dans la maison que Joe avait su que cette fille était une enquiquineuse. Daisy Lovecraft était la fille unique de Daniel et Maureen Lovecraft qui, entre autres titres de gloire, pouvaient s’enorgueillir d’être des amis de Ben Cartwright.
Daniel et Maureen se rendaient en Californie où ils avaient décidé de s’implanter et de construire une nouvelle vie mais, ne sachant pas ce qu’ils trouveraient à l’arrivée, ils avaient demandé à Ben une faveur : accepterait-il d’héberger leur fille à Ponderosa, le temps pour eux de lui préparer un gîte convenant à une jeune fille adolescente.
Donc Daisy résidait là et, depuis cet événement, les nerfs des fils Cartwright avaient été mis à rude épreuve. Daisy avait un travers aussi inhabituel qu’insupportable : elle était incapable de respecter la propriété d’autrui.
A peine ses parents se furent-ils éloignés qu’elle s’illustra le soir-même au dîner en piquant dans l’assiette de Hoss les bouchées de lotus et de porc à la vapeur que Hop-Sing avait confectionnées avec amour. Ce plat, dont Hoss raffolait, était très long à préparer de telle sorte qu’il n’y avait qu’une demi-douzaine de bouchées par personne. Scandalisés, Ben, Adam et Joe avaient, chacun, cédé deux de leurs bouchées au malheureux Hoss tandis que Daisy, impavide, dégustait les siennes avec un air de béatitude totale.
Afin de se désénerver, Adam proposa une promenade nocturne que ses deux frères acceptèrent, laissant Daisy aux remontrances de Ben. Mal lui en prit : quand il revint, Daisy était montée après avoir manifestement « emprunté » sa guitare qu’elle avait laissée par terre avec deux cordes cassées. Adam jura, ramassa son instrument, le passa en revue pour s’assurer qu’il n’était pas fendu et se promit que la jeune personne entendrait le fond de sa pensée dès le lendemain matin.
Il se préparait à monter dans sa chambre quand il entendit des hurlements. C’était Joe qui, après avoir échangé encore quelques propos fort critiques à l’égard de l’héritière Lovecraft, était entré dans sa chambre et y avait trouvé Daisy nonchalamment allongée dans son lit. Le jeune homme avait voulu évacuer l’intruse manu militari, celle-ci avait résisté et il avait fallu l’intervention de Ben pour que Daisy se décide à réintégrer sa chambre.
En retapant son lit, Joe maugréait : « Si encore elle était jolie ! Mais elle a des dents de lapin et des yeux globuleux ! »
La vie était ainsi très vite devenue intenable à Ponderosa. Les garçons adoptaient des comportements étranges, cachant leurs affaires ou les portant sur eux, même dans l’intimité des soirées. Ben s’était ainsi étonné, un soir, à dîner, de voir ses trois fils se présenter à table armés jusqu’aux dents.
« Qu’est-ce qui vous prend, garçons, vous craignez une attaque ? »
« Non », avait répondu Adam en jetant un regard oblique à sa gauche où trônait Daisy, « nous craignons un cambriolage. »
« Vous êtes sérieux ? D’où tenez-vous vos informations ? Qui va nous cambrioler » avait interrogé Ben qui pensait à un complot que ses fils auraient découvert en ville ou parmi leurs hommes de main.
Mais Adam, désignant Daisy du menton, avait déclaré : « Nous sommes sérieux et nous voulons nous protéger de cette kleptomane. »
Daisy n’avait pas sourcillé, ignorant la signification de ce terme. Hoss et Joe, qui s’en étaient fait expliquer le sens par leur frère dans l’après-midi témoignèrent leur accord en opinant de la tête. Ben, un peu embarrassé, sourit à moitié et enjoignit, sans succès, à ses fils de déboucler leurs ceintures : « Bon, ça va, les enfants, ce n’est pas drôle. Daisy est parfois espiègle ou même indélicate, je vous le concède… »
« C’est heureux ! », interrompit Adam
« … mais vous n’imaginez quand même pas », continua Ben sans relever la remarque, « qu’elle vous prendrait vos armes. »
« Un peu qu’on se l’imagine », fit Hoss la bouche pleine.
« Moi », fit Joe, « je ne l’appelle plus Daisy mais Mademoiselle Touche-à-tout. »
Pour toute réponse, Daisy lui tira la langue.
Le lendemain matin, après avoir englouti un copieux petit-déjeuner, Ben se leva de table, donnant le signal du départ à ses fils, et commença à chercher fébrilement son pistolet. Les trois garçons le regardaient d’un air jubilatoire tandis qu’il soulevait les fauteuils, soulevait les coussins tout en maugréant quand on entendit un coup de feu suivi d’un concert de gloussements dans lequel on distinguait des aboiements, des cot-cot-codettes, des cocoricos et des jurons chinois.
Ils sortirent en courant et aperçurent Daisy, l’air interloqué, tenant entre les mains le pistolet encore fumant de Ben et Hop-Sing courant de part et d’autre pour tenter de rassembler la volaille affolée, alors que le chien de Hoss les chassait vers la sortie. Tandis qu’Adam et Joe, sur les ordres de Ben, allaient prêter main forte au Chinois, Hoss rattrapa son chien. Quant à Ben, il s’approcha prudemment et silencieusement de l’adolescente qui pointait dangereusement son arme sur lui, lu saisit le poignet avec douceur, récupéra son pistolet et soudain, laissant libre cours à sa rage, se mit à lui hurler dessus :
« Non, mais ça ne va pas Daisy ! Qui vous permet de toucher à mon arme ? Je dirais même plus, qui vous permet de toucher à une arme tout court Je ne sais pas ce que vos parents vous on appris mais c’est à la portée d’un enfant de cinq ans : on ne touche pas à une arme quand on ne sait pas tirer. Et il est clair que vous ne savez pas. Disparaissez dans votre chambre, et je dis bien VOTRE chambre avant que je ne perde mon sang-froid. »
Daisy ne se le fit pas dire deux fois mais ne s’amenda pas pour autant.
Ben était le seul qu’elle acceptait d’écouter et, plus d’une fois, ses fils avaient rêvé de donner à cette jeune personne une fessée bien méritée. Ben le leur avait formellement interdit et surveillait particulièrement Adam qui avait prouvé, en d’autres occasions, qu’il n’avait aucun état d’âme à mettre, si nécessaire, sa main en contact répété avec le séant d’une jeune fille ou d’une jeune femme.
Ce matin-là, Ben était parti en ville. Il avait proposé à Daisy de venir avec lui mais elle avait décliné son offre. Hoss et Adam travaillaient à la scierie et Joe se dirigeait vers l’écurie pour obéir à son père qui lui avait assigné la mission de se rendre sur les pâturages du Nord du domaine pour en vérifier les clôtures. Il ne savait pas où était Daisy et s’en moquait bien. Il entra dans l’écurie en sifflant l’air de Shenandoah et s’arrêta brusquement, incrédule :
« Mais… mais… où est mon cheval? »
De toute évidence, Cochise n’était plus dans son box.
« Hank, Hank », cria-t-il.
Hank Meier, qui était en train de bouchonner sa jument s’arrêta de chanter d’une voix nasillarde et tourna la tête : « Oui, Joe ? »
« Où est Cochise, où est mon cheval ? »
« C’est Mademoiselle Lovecraft qui le monte. »
« Mademoiselle Lovecraft ! Pourquoi ne l’en as-tu pas empêchée ? »
« Personne ne m’a rien dit. »
« Il n’y a pas besoin de te le dire. Cochise est mon cheval et personne n’a le droit de le monter à l’exception de Pa si ça lui plaît. En particulier, il n’a pas à être monté par quelqu’un d’aussi inexpérimenté que Daisy Lovecraft. Bon, il faut que je la poursuive et la rattrape. Je vais prendre Sport, c’est le plus rapide après Cochise.
Sur ces paroles, il sella Sport et partit à toute vitesse.
Quelques minutes plus tard, Adam surgit dans la cour. Hoss avait cassé une scie d’une forme très particulière et il n’avait d’autre choix que d’aller en ville en acheter une autre. Contrarié de ce contretemps et pour essayer de perdre le moins de temps possible, il courut jusqu’à l’écurie et sursauta en voyant que sa monture n’était pas là où il pensait la trouver.
« Mais où est mon cheval ? »
Placidement, Hank Meier répondit : « Joe l’a pris pour rattraper Mademoiselle Lovecraft qui est partie avec Cochise. » Et il retourna à sa jument, à son bouchonnage tout en recommençant à chanter du nez.
Adam prit une forte inspiration nasale pour se contrôler, sachant qu’il était vain de se mettre en colère. Il avait besoin d’un cheval et décida de prendre Chubb : « Il a l’habitude de Hoss et il arrive quand même à aller joliment vite malgré le poids qu’il porte. Avec un cavalier plus léger, je suis sûr de pouvoir rattraper Joe et de faire l’échange. »
Il venait à peine de disparaître à l’horizon que Hoss passa la tête à travers la porte de la grange : « Adam », appela-t-il, « Adam ».
Hank soupira et, s’interrompant pour la troisième fois, lui dit : « Il est parti. »
« Dadburnit, il faut que je le rattrape, j’ai aussi cassé un marteau. Mais Hank ? »
« Que veux-tu, Hoss ? » demanda ce dernier, sachant parfaitement quelle question allait suivre.
« Où est mon cheval ? »
« Adam l’a pris pour rattraper Joe qui a pris Sport pour rattraper Miss Lovecraft qui est partie avec Cochise. »
« Tiens », remarqua Hoss, « ça ressemble à une comptine pour enfants. En attendant, je ne peux pas rester là à les attendre ». Il sella Buck et s’en alla.
Un quart d’heure plus tard, Ben arriva avec Paul Martin dans son buggy. Ben s’inquiétait pour la santé d’Hop-Sing qui, depuis le début du séjour de Daisy, avait beaucoup maigri, et avait convaincu Paul de venir à l’improviste examiner le très irascible cuisinier chinois.
« Voilà, Paul », dit-il un peu lâchement, « je crois qu’il vaut mieux que je vous laisse vous débrouiller tout seul. En attendant, je vais faire un tour aux pâturages du Nord pour voir si je peux donner un coup de main à Joe. »
Il pénétra dans l’écurie et vit que tous les chevaux de ses fils étaient sortis mais ne put s’empêcher de pousser un cri de surprise quand il s’aperçut que Buck aussi manquait à l’appel.
« Par tous les diables, où est mon cheval ? »
Hank Meier n’avait aucun sens de l’humour, aussi est-ce très sérieusement qu’il répondit :
« Hoss l’a pris pour rattraper Adam qui l’a pris pour rattraper Joe qui a pris Sport pour rattraper Miss Lovecraft qui est partie avec Cochise. Mais si vous envisagez de me voler Merrybelle, n’y pensez pas. »
Ben ouvrait la bouche pour lui faire observer qu’il n’était pas question de vol mais il n’eut pas le temps d’articuler un mot : Joe apparut sur Cochise, suivi de Hoss sur Chubb et, dernier mais non des moindres, Adam sur Sport, tirant derrière lui Buck où Daisy était attachée à plat ventre en travers de la selle.
« Adam ! », gronda Ben, « je t’avais dit de ne pas lui donner de fessée. »
Adam eut un sourire malicieux : « Je ne l’ai pas fessée. Nous l’avons trouvée, suspendue par la jupe à la branche d’un arbre. Nous l’avons récupérée et elle a exigé de monter Sport en accusant Cochise de méchanceté. Je lui ai juste dit : jeune personne, vous n’avez pas à monter nos chevaux. Si vous insistez, vous le ferez dans la seule position vous permettant de ne pas tomber. Je l’ai donc attachée comme il fallait et, tu vois, elle n’est pas tombée. »
Ben put voir le large sourire qui se dessinait sur les figures de Hoss et Joe. Visiblement, ils étaient complètement d’accord avec leur frère aîné.
« Tu as peut-être raison », finit-il par répondre. « Allez, maintenant, faites-la descendre, je pense qu’elle a compris la leçon. »
Effectivement, à partir de ce jour-là, il ne fut plus question des caprices de mademoiselle Daisy et la vie redevint calme et normale jusqu’à ce qu’elle s’en aille deux mois plus tard.
« Tu vois, Pa, tu aurais dû me laisser la fesser dès le départ », remarqua Adam, nous aurions gagné du temps. »
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Une belle histoire qui me fait bien rire. Merci à vous pour votre sens de l’humour. Inépuisables Cartwright 😃🤠🤠🤠🤠😉