Summary: Adam se trouve accidentellement transporté au 23ème siècle, sur le vaisseau Entreprise du Capitaine Kirk
Rated: K+ WC 10,000
« Quel est votre diagnostic, Bones ? »
« De l’aurichalchiémie, Jim, une maladie spécifiquement vulcaine. Et c’est mortel si ce n’est pas traité à temps. »
« Mais vous pouvez la soigner, Bones, n’est-ce pas ? Dites-moi que vous pouvez la soigner. »
Le docteur restant silencieux, Spock reprit la parole pour dire :
« Il y a bien un traitement, Capitaine, un traitement très simple. Il suffit au patient de boire de l’eau riche en aurichalchium. Nous en avons plusieurs sources, sur Vulcain mais, apparemment, on ne trouve cette eau nulle part ailleurs. L’aurichalchium est apparu sur Vulcain grâce à une comète qui a heurté la planète il y a des millions d’années et le degré d’aurichalchium n’a pas été altéré par la pollution due aux hydrocarbures. L’aurichalchium est un minéral fragile qui disparaît s’il entre en contact avec des substances telles que… »
« Je vous en prie, Monsieur Spock, épargnez-moi votre cours de géologie. Essayez-vous de me dire qu’il faut que nous vous ramenions sur Vulcain ? »
« Non, capitaine, ça ne servirait à rien. Il faut que je sois traité d’ici trois jours sinon, je meurs et Vulcain est à dix jours d’ici. »
« Alors quoi ? Ne me dites pas que vous n’avez pas de solution. Prof, vous ne pouvez pas laisser Monsieur Spock mourir sans rien tenter. »
Le capitaine Kirk secouait le pauvre Docteur Mc Coy avec frénésie : « Arrêtez, Jim, vous feriez mieux d’écouter Spock. Il a trouvé quelque chose. »
Kirk se retourna vers Spock.
« En fait, Capitaine, j’ai découvert dans la bibliothèque qu’il y avait eu jadis de l’aurichalchium sur Terre, à un endroit, très exactement le Lac Tahoe. Il venait d’une très ancienne comète mais il a été détruit par la pollution du 20ème siècle. La seule solution, c’est de retourner dans le passé. Ce ne sera pas la première fois que l’Entreprise tentera l’aventure et je suis sûr que nous réussirons. J’ai repéré l’année 1860 comme la meilleure date pour réaliser notre projet. Avant, les lieux seraient trop sauvages, après, il y a un risque que le processus de destruction de l’aurichalchium ait commencé. »
« Carnet de bord du Capitaine, année stellaire 3169.12. Nous sommes actuellement en train d’entrer dans l’orbite terrestre. Nous étions en route pour la planète 5 de la Grande Ourse quand nous avons dû changer de direction. Notre Premier Officier, Monsieur Spock, a contracté une maladie vulcaine qui doit être traitée par l’absorption d’une eau chargée en aurichalchium, un minéral très rare qu’on ne trouve que sur Vulcain ou sur terre avant la période de pollution pétrolière. Nous tentons un retour dans le passé. »
« Carnet de bord du Capitaine, année stellaire 3169.13. Je me fais téléporter à terre avec Monsieur Spock, le docteur Mc Coy, deux hommes d’équipage et un seau. Il est sept heures du matin, aussi pensons-nous que nous ne rencontrerons personne. Toutefois, par mesure de précaution, nous nous sommes habillés en tenue de cow-boys. Monsieur Spock est affublé d’un poncho mexicain et d’un sombrero à larges bords qui cache ses oreilles. Quant à Mc Coy, il si crédible dans ce costume qu’on le dirait tout droit sorti d’un vieux western du 20ème siècle. »
« Cinq à téléporter, Scotty. »
« A peine rematérialisé, je me rends compte que nous avons un gros ennui. Contrairement à notre attente, nous ne sommes pas seuls sur les bords du Lac Tahoe. Pas du tout, même. Trois hommes montés sur de superbes chevaux se dirigent exactement vers l’endroit où nous nous trouvons et ils sont en train de sortir leurs armes. Ca va être difficile d’expliquer notre présence. »
« Adam, Hoss, regardez ces types bizarres. Que pensez-vous qu’ils sont en train de faire ? Et où sont leurs chevaux ? »
« Je n’en sais rien, Joe, mais on va vite le savoir. Tenez-vous prêts avec vos flingues, ils pourraient être dangereux. »
Sur ces paroles, Adam descendit de cheval et s’approcha de l’étrange groupe : il y avait un homme habillé en Mexicain mais Adam aurait juré qu’il s’agissait en fait d’un Indien avec son teint jaune/vert. Le chef, c’était manifestement cet homme habillé de bleu qui, bizarrement, ne portait pas de chapeau. Il lui sourit, leva sa main gauche et tenta un « Hello ».
« Qui êtes-vous ? », répondit sèchement Adam, « que faites-vous à Ponderosa ? »
« Pardon, Monsieur, qu’est-ce que c’est, Ponderosa ? »
« C’est l’endroit où vous vous trouvez et c’est notre terre. Si vous l’ignorez, c’est une propriété privée. »
« Excusez-nous, nous ne faisons que passer. Nous voulons juste un seau d’eau. »
Adam fronça le sourcil. Un seau d’eau… Tout ça ressemblait à des chercheurs d’or.
« Il n’y a pas d’or à trouver dans le lac. Et qu’est-ce que vous cachez dans vos mains ? Montrez-moi ça. » Et pour appuyer sa demande, il pointa son pistolet d’un air menaçant.
Voulant montrer sa bonne volonté, Kirk tendit son phaser. Juste à ce moment-là, le phaser grésilla. Intrigué, Adam attrapa l’objet si vite que Kirk n’eut pas le temps de l’en empêcher.
Soudain, une voix sortit de l’étrange objet. « Entreprise au Capitaine. Quelque chose ne va pas ? »
Effaré, Adam regarda la petite boîte noire. Anticipant sa réaction, Kirk cria : « Ne touchez pas à ces boutons, Monsieur, c’est… »
Il n’eut pas le temps de finir. La silhouette d’Adam fut soudain recouverte d’un rideau d’étincelles et il disparut sous les yeux horrifiés de ses frères. Tirant avantage de cette surprise, Kirk ordonna : « Vos phasers sur Paralysie. » les deux hommes de sécurité tirèrent. Hoss et Joe tombèrent silencieusement à terre.
Saisissant le communicateur de Mc Coy, Kirk appela le vaisseau :
« Scotty ? »
« Je vous écoute, Capitaine. »
« Où êtes-vous ? »
« En salle de transportation, Capitaine »
« Dans ce cas, vous avez dû vous apercevoir que nous avons un hôte inattendu sur l’Entreprise. »
« Ouaip, Capitaine. Descendez de là, Monsieur », fit Scotty s’adressant à Adam qui restait, paralysé, sur le plot du transporteur. « Nous avons besoin de libérer la place. »
Comme le jeune homme restait sans réaction, il envoya un homme qui prit la main d’Adam et le tira hors du transporteur. Trente seconde plus tard, le transporteur se mit à briller et cinq silhouettes apparurent. L’homme qu’on avait appelé Capitaine descendit d’un saut alerte et s’approcha d’Adam.
« Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue sur l’Entreprise. Mon nom est James T. Kirk et je suis le capitaine de ce vaisseau. »
« Vaisseau ? » fut le seul mot qu’Adam parvint à articuler.
« Pardon, ce serait trop long à vous expliquer et, pour le moment, j’ai fort à faire. Tout ce que vous avez besoin de savoir, dans un premier temps, c’est que vous êtes dans le futur. D’après le système de datation terrien, vous êtes en 2 263 et vous êtes à bord d’un vaisseau spatial. Prof, emmenez Monsieur, Monsieur… »
« Cartwright, Adam Cartwright. »
« Très honoré. » Puis, se tournant vers Mc Coy, il ajouta : « Emmenez Monsieur Cartwright avec vous, à l’infirmerie et gardez-le là. Interdiction de sortir de ce périmètre, je ne veux pas le voir se balader dans le reste du vaisseau. Ah, et n’oubliez pas Monsieur Spock. Monsieur Spock, je vous attends sur la passerelle aussitôt que le Docteur vous aura relâché. »
Sur quoi, il s’éloigna à grand pas, suivi de ses deux hommes d’équipage.
Au même moment, Hoss et Joe étaient en train de sortir de leur léthargie. Immédiatement, ils jetèrent un regard circulaire, cherchant leur frère et les étrangers qui les avaient envoyés dans les pommes.
Très vite, il leur fallut se rendre à l’évidence, ils étaient seuls avec leurs chevaux, au bord du lac Tahoe. Sport était là, allant et venant avec Chubb et Cochise.
« Combien de temps sommes-nous restés inconscients ? », demanda Hoss.
« Je n’en sais rien, je n’ai pas de montre. Mais d’après la position du soleil, pas très longtemps. »
« Alors, nous avons une chance de les rattraper. Viens, Joe, nous allons retrouver leurs traces. »
Une demi-heure plus tard, ils se regardaient mutuellement, complètement perdus. Ils avaient repéré des traces de bottes, y compris celles d’Adam, à la place où s’étaient tenus les étrangers mais pas d’autre indice. Si les hommes avaient bougé, ils n’en avaient pas laissé de traces. Joe et Hoss ne disposaient d’aucune indication leur permettant de déterminer la direction qu’ils avaient pu prendre.
« Que suggères-tu ? », demanda Joe.
« On rentre à Ponderosa, on informe Pa et on revient aussitôt que possible avec assez d’hommes pour couvrir tous les environs. »
« Mais, Hoss… »
« Quoi ? »
« Que faisons-nous de Sport ? »
« On l’emmène avec nous, tu ne veux quand même pas qu’on le laisse derrière, n’est-ce pas ? »
« Non, mais si Adam en a besoin ? »
« Joe, Adam est avec nos assaillants, il a été enlevé. »
« Tu en es sûr ? »
« Nom d’une pipe, Joe, ne peux-tu raisonner ? Adam était avec nous ; nous avons rencontré ce groupe de types suspects, ils nous ont assommés et quand nous sommes revenus à nous, il n’y avait plus personne. Ils se sont enfuis, c’est évident, en emmenant Adam avec eux. »
« L’ennui, c’est que, dans mon souvenir, ce n’est pas comme ça que les choses se sont passées. Adam a disparu mystérieusement et je n’ai toujours pas compris comment ils s’y sont pris pour nous assommer vu qu’ils ne nous ont pas touchés et qu’ils n’ont pas tiré non plus puisqu’ils n’avaient pas d’armes. »
« Pour sûr, Joe, j’ai eu exactement la même impression mais ça doit être le coup sur la tête qui nous fait ça car ça ne tient pas debout. »
« D’accord. Alors, dépêchons-nous ! Chaque minute perdue augmente leurs chances de nous échapper.”
Depuis le moment où il avait donné son nom au Capitaine Kirk, Adam n’avait pas prononcé un traître mot. Son cerveau était en ébullition. On l’avait conduit à travers de larges corridors dont les surfaces étaient faites d’un matériau qu’il ne connaissait pas. Il les avait touchés sous l’œil sardonique de Monsieur Spock. Il en pouvait déterminer d’où venaient les lumières. Ils croisèrent des gens bizarrement habillés, les hommes portant des pantalons noirs très serrés et de curieuses chemises sans boutons, les unes bleues, les autres rouges. Quant aux femmes, elles portaient des chemises identiques mais, ses yeux s’étaient écarquillés encore plus si c’était possible, les jupes étaient si courtes qu’elles cachaient à peine leur arrière-train. Non qu’il trouvât cette vue désagréable (la plupart des femmes qu’il avait vues étaient jeunes et bien faites) mais il ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise.
Quand ils arrivèrent à l’infirmerie, le Docteur Mc Coy se tourna vers lui et Spock et leur dit :
« Maintenant, nous allons d’abord prendre une douche et nous changer. Après ça, je m’occuperai d’abord de vous, Spock, et ensuite, je vous examinerai, Monsieur Cartwright. »
« Excusez-moi », réussit à articuler Adam, mais d’abord, qu’est-ce que c’est qu’une « douche » ? Ensuite, pourquoi voulez-vous m’examiner ? Je ne suis pas malade ! ».
Le fait frappa Spock et Mc Coy au même instant : en 1860, les douches n’existaient pas.
« Fascinant ! », commença Spock. « Je n’avais pas pensé à cela : à cette époque, ils se lavaient debout devant une cuvette ou ils prenaient un bain de temps à autre. La plupart des familles avaient un bain une fois par mois et c’était le même pour tout le monde. C’était le père qui commençait, puis la mère suivait, puis… »
“Je vous en prie, Spock”, interrompit Mc Coy, « fermez la, je lirai la suite de votre épisode historique sur mon ordinateur avant de m’endormir. Nous ferions mieux de répondre aux questions de Monsieur Cartwright. Une douche, c’est la manière moderne de se laver. L’eau descend le long du corps… un peu à la façon d’un arrosoir. Mais aidez-moi donc, Spock ! »
« Eh bien, nous pourrions dire que ce qui se rapproche le plus de ce que vous pouvez connaître, c’est le passage sous une cascade. Quoi qu’il en soit, la meilleure façon de comprendre ce que ça peut être, c’est de le faire. Il y a là une salle de douche, Monsieur. Entrez-y, déshabillez-vous et pressez le bouton. Le thermostat est réglé sur la bonne température. »
Interloqué, Adam obéit. A ce stade, il ne parvenait plus à penser.
Il prit un grand plaisir à se doucher et son esprit sans cesse en action commença immédiatement à réfléchir à la meilleure façon d’installer un mécanisme de ce type à Ponderosa. Ensuite, il tendit la main vers l’endroit où il avait posé ses vêtements et n’y trouva qu’un caleçon long noir, un maillot de corps en coton également noir et des chaussettes noires. N’ayant pas le choix, il mit ce qu’il avait et sortit de la douche.
L’endroit était désert mais il pouvait entendre les voix maintenant familières de Monsieur Spock et du Docteur Mc Coy dans la pièce voisine. Il poussa donc la porte et entra. Monsieur Spock était allongé sur une couche très étroite et le docteur promenait au-dessus de son corps un appareil vrombissant. Au-dessus de la tête de Spock, on pouvait voir un panneau avec des points rouges clignotant qui montaient et descendaient. Cela dura trente secondes puis Mc Coy autorisa son patient à se lever en disant : « Tout va bien, Spock, les indicateurs sont normaux. L’eau du lac Tahoe contenait bien suffisamment d’aurichalchium pour vous guérir. » Pus, se tournant vers Adam, il lui lança :
« Venez, Monsieur Cartwright, la place est toute chaude, grâce au sang vert de ce Vulcain à oreilles pointues. »
Ayant abandonné toute idée de résistance, Adam s’allongea, non sans avoir demandé :
« J’ai deux questions : premièrement, où sont mes vêtements et mon pistolet, deuxièmement, qu’est-ce qu’un Vulcain à sang vert et oreilles pointues ? »
« Questions très pertinentes », remarque Spock. « Comme vous l’avez déjà compris, c’est moi le Vulcain à sang vert et oreilles pointues. Je ne suis pas humain. Mon espèce vit sur une planète appelée Vulcain, qui se trouve dans la galaxie mais en dehors de la Voie Lactée, à dix jours d’ici en vitesse sub-luminale. »
« Vous avez dit quoi ? Vitesse sub-luminale ? »
Ce vaisseau avance à une vitesse supérieure à celle de la lumière. Nous appelons ça « vitesse sub-luminale ». mais je pense que ça pourrait vous intéresser de vous renseigner sur ce qui s’est passé entre votre siècle et le nôtre. Docteur, pensez-vous que Mademoiselle Chapel pourrait montrer à Monsieur Cartwright comment se servir d’un ordinateur ? »
« Bien sûr ! pendant que vous péroriez, j’ai eu le temps de faire son bilan. Vous êtes en parfaite santé, Monsieur Cartwright. Ouvrez juste la bouche que je contrôle vos dents. »
Docilement, Adam obtempéra et montra sa dentition. « Parfait ! », marmonna le docteur, juste un petit détartrage à faire… »
Adam se rebiffa : « qu’est-ce que c’est que ça, encore. Ne pouvez-vous me laisser tranquille et me rendre mes affaires ? »
« Ce n’est rien. Ca prend trente secondes et ce n’est pas douloureux. Ca vous aidera à garder toutes vos dents jusqu’à la fin de votre vie. Mademoiselle Chapel ? »
Une femme d’âge mûr, aux yeux bleus et aux cheveux blonds bizarrement coiffés (on avait l’impression d’une Tour de Babel posée sur le haut de sa tête) fit son apparition. Elle avait l’air très doux.
A ce moment, un sifflement se fit entendre.
« Passerelle à infirmerie, passerelle à infirmerie ». Adam reconnut la voix du capitaine mais il eut beau chercher en regardant tout autour de la pièce, il ne vit personne. Désormais prêt à croire possible tout ce qui aurait semblé incroyable en son temps, il devina que la voix venait d’ailleurs. Ca lui remit en mémoire les livres qu’il avait lus à propos des Egyptiens de l’Antiquité et de la manière dont les prêtres utilisaient les phénomènes acoustiques pour tromper le peuple en jouant sur sa crédulité.
Pendant ce temps-là, Mc Coy avait répondu : « Je vous écoute, Jim. »
« Pas trop tôt, Prof. Je vous attends en salle de réunion avec Monsieur Spock d’ici trois minutes. »
« Nous arrivons, Jim. Mademoiselle Chapel, je laisse Monsieur Cartwright à vos soins. Faites-lui un détartrage et ensuite, montrez-lui comment fonctionne l’ordinateur. »
« Bien, Docteur. »
Ben se versa une nouvelle tasse de café. Il était d’humeur délicieuse. Parfois, il était bon de se retrouver seul à la maison. La veille, ses trois fils avaient émis l’idée de se lever tôt et d’aller faire un plongeon dans le lac et une partie de pêche. Il avait été heureux de pouvoir leur donner leur matinée.
Il avait projeté de mettre à profit cette matinée libre pour ranger son bureau. Il était juste en train de se demander par quoi il allait commencer quand il entendit le bruit de chevaux au galop. Il ouvrit la porte, sortit et blêmit : Hoss et Joe arrivaient à toute allure, tirant Sport derrière eux.
Il sut immédiatement qu’il était arrivé quelque chose de terrible à Adam.
« Mais enfin, ça n’a pas de sens ! » c’était la troisième fois que Ben répétait cette phrase. Il venait de passer un quart d’heure à questionner Hoss et Joe, recoupant les informations et essayant de comprendre ce qui s’était passé, mais après tous ces échanges, le mystère était tout aussi opaque qu’avant.
Aussi avait-il décidé de seller Buck et d’aller lui-même jusqu’au lac, espérant découvrir une indication qui aurait pu échapper à Hoss ou à Joe. Non qu’il manquât de confiance en son second fils : bien au contraire, il savait que Hoss était aussi bon traqueur qu’un Soshone ou un Paiute. Mais il était revenu sans explication et il devait y en avoir une. Joe et Hoss l’avaient suivi. A ce stade, il ne lui semblait pas nécessaire de demander au shérif une patrouille.
Ils avaient tourné autour du lac pendant des heures sans remarquer quoi que ce soit d’autre que les traces des hommes à l’endroit où Adam avait disparu.
Debout au milieu du point de rencontre, Ben regarda son benjamin descendre de cheval en faisant, de la tête, un signe de dénégation ce qui signifiait qu’il n’avait rien trouvé. Le geste lui rappela une autre fois où ils avaient cherché Adam dans la Montagne des Morts : ils l’avaient cherché sans succès pendant trois jours mais ils avaient fini par le découvrir, blessé mais vivant. Ce souvenir lui redonna espoir.
« Essayons encore », dit-il. « Toi, Hoss, tu vas… »
« Regardez-le Capitaine. »
Le capitaine Kirk, le docteur Mc Coy, le Lieutenant de Salle et le Lieutenant Commandeur Montgomery Scott s’étaient rassemblés autour d’un écran géant placé dans la salle de conférence, d’où ils pouvaient suivre les moindres gestes d’Adam.
« C’est ce que je fais, Monsieur Spock et plus je le regarde, plus j’ai l’impression de l’avoir déjà rencontré bien que je sache que c’est impossible. »
« Sauf s’il est destiné à devenir célèbre ce qui expliquerait que vous ayez pu voir son portrait dans les archives. Mais c’est très peu probable car je n’ai aucun souvenir d’un Adam Cartwright apparaissant dans l’histoire de la Terre. Quoi qu’il en soit, nous n’allons pas tarder à être fixés car j’ai chargé Monsieur Chekov de faire une recherche sur lui. Mais ce que je voulais souligner, c’est que c’est un Humain très étonnant. Il se comporte presque aussi logiquement qu’un Vulcain. »
« Pouvez-vous illustrer cette remarque surprenante ? », demanda Mc Coy d’un ton sarcastique.
N’ayant apparemment pas noté le ton moqueur de la question, Spock répondit :
« D’abord, quand l’infirmière Chapel lui a expliqué qu’il ne pouvait pas remettre ses vêtements car il fallait les désinfecter et qu’elle lui a proposé un tee-shirt, il a demandé la signification des couleurs ce qui démontre qu’il est assez intelligent pour comprendre tout seul qu’il y a un code couleur. Ensuite, il a choisi le bleu quand il a su que c’était la couleur des officiers scientifiques, ce qui prouve qu’il met la science bien au-dessus de l’action ou du commandement. Enfin, il a compris tout de suite comment faire marcher l’ordinateur. »
« Allons, Spock, ce n’est pas un exploit. Vous parlez de lui comme s’il venait d’un temps où l’on écrivait à la plume d’oie. »
« 1860 n’est pas si loin de l’époque des plumes d’oie, Docteur », répondit Spock très sérieusement. « Ignorez-vous que la première machine à écrire, si vous exceptez l’essai de Beach, en 1857, a été inventée par Shole et Densmore et mise sur le marché en 1872, grâce à Remington qui en fit un succès… »
« Allons, allons, Messieurs », interrompit Kirk, « je vous en prie, cessez de vous disputer, nous n’avons guère de temps pour cela. Que cherchez-vous à démontrer, Spock ? »
« Je me disais juste, Capitaine, qu’avec une courte formation, nous pourrions adapter cet homme à notre temps. Tenez, juste ça : sachant qu’il avait peu de temps, il a commencé par un résumé de l’histoire de la Terre de 1860 à nos jours puis il est passé dans la section scientifique et maintenant, il interroge l’ordinateur sur les voyages dans le temps. C’est vraiment très logique ! J’aimerais le recruter dans mon équipe. »
« Négatif, Spock, et vous savez pourquoi : il y avait deux autres hommes avec lui et quand nous l’avons happé, ils l’ont vu disparaître. Nous ne pouvons interférer avec le passé, vous le savez. »
« Ce n’est pas très important, Capitaine, ils ne sauront jamais ce qui s’est réellement passé, donc il n’y a pas d’interférence. »
« Mais le garder, Spock, ce n’est pas humain ; cet homme a probablement une famille, une femme, peut-être des enfants. Nous devons le ramener dans son temps. »
« Mais quid des connaissances qu’il est en train d’absorber ? » demanda De Salle.
« Ce n’est pas la première fois que nous avons ce problème, Lieutenant », répondit Kirk. « Cela s’est déjà produit avec un homme du XXème siècle. Nous l’avons renvoyé juste une seconde avant le moment où nous l’avions téléporté, de telle sorte que ça a effacé dans son esprit tout ce qu’il avait vu ou appris, comme si cela n’avait pas existé. »
A ce moment-là, l’ingénieur Scott toussa : « Est-ce que vous voulez dire, Capitaine, que vous comptez renvoyer ce gars dans son époque, quelques secondes avant son arrivée sur l’Entreprise ? »
« Absolument, Scotty. Un souci ? »
« C’est que, Capitaine, ça nécessite un réglage très fin. Nous ne maîtrisons pas parfaitement le voyage dans le temps. »
« Mais vous l’avez déjà fait… »
« Oui M’sieur. »
« Alors, vous pouvez le refaire. »
« Oui, Capitaine, mais j’ai besoin de trois jours pour mettre au point l’appareil de retour en arrière. »
« Voilà pourquoi je suggérais de garder Monsieur Cartwright avec nous », dit Spock, le sourcil arqué. « Vous savez, Capitaine que nos utilisons beaucoup d’énergie pour rester invisibles et que le voyage dans le temps coûte également très cher en dilithium. Nous allons épuiser nos réserves si nous devons rester trois jours au XIXème siècle. »
Kirk lui jeta un coup d’œil puis pressa un bouton : « Monsieur Chekov ? »
« Je vous écoute, Capitaine. »
« Avez-vous terminé votre recherche ? »
« Oui Capitaine. »
« Et quel est le résultat ? »
« Je vous l’envoie sur l’écrrran, Capitaine. Monsieur Carrrtwright n’a joué aucun rrrôle prrrimorrrdial dans son siècle mais il est l’ancêtrrre d’une trrrès imporrrtante perrrsonne. »
A ce moment-là, une photo apparut : une femme qui ressemblait à Adam comme une sœur jumelle.
« Mary Highstrong !”, murmura Kirk, “voilà pourquoi j’avais l’impression de le connaître. »
« La philosophe canadienne », ajouta Spock, pensant tout haut.
« Née en 1865 » continuait à commenter Chekov avec son irrépressible accent russe, « Clarrra Cartwrrright, fille d’Adam Cartwrrright, épousa Monsieur Donat de qui est née Carrrol en 1890. Carrrol Donat épousa Lewis Habe en 1910 et eut à attendrrre onze ans avant d’avoirrr un fils Michael, né en 1921. Michael Habe eut une fille, Marrry, en 1947. Sa petite-petite-petite-petite-fille, Marrry Highstrrrong, née en 2090 écrrrirrra, en 2146 le fameux trrraité rrrelatif à la galaxisation qui est à l’orrrigine du prrrocessus qui a conduit à la fondation de la Fédérrration. »
« Merci, Monsieur Chekov », fit Kirk en coupant le contact. Puis il se tourna vers Spock et Scotty et déclara :
« Maintenant, Messieurs, nous n’avons plus le choix : nous devons ramener Adam Cartwright dans son époque pour le laisser engendrer Clara Cartwright. Sinon, Mary Highstrong n’écrira pas son traité et, ayant changé le cours de l’Histoire, nous disparaissons. Vous devez trouver un moyen de le renvoyer dans son temps et de réduire le délai. Je retourne à la passerelle. Prof, envoyez-moi Adam Cartwright, j’ai à lui parler. »
Adam écarquilla les yeux quand, escorté par Mc Coy, il mit le pied sur la passerelle. C’était une plate-forme circulaire. Le Capitaine était assis au centre sur un siège surélevé. A sa droite, il aperçut une magnifique femme noire portant une robe rouge très courte qui laissait voir ses cuisses tandis que ses mollets étaient gainés, jusqu’aux genoux dans des bottes noires. « Etrange tenue », pensa-t-il, « mais pas désagréable. » Elle manipulait des câbles, avait un bouton dans l’oreille et répétait des mots étranges : « Fréquences ouvertes, Capitaine. » Elle avait des galons dorés sur les manches et Adam en conclut qu’elle était officier.
Devant le Capitaine mais lui tournant le dos, on voyait deux hommes en tuniques jaunes et cols noirs, le regard rivé sur des panneaux couverts de boutons. Adam ne pouvait voir leurs figures.
Le Capitaine lui-même portait une tunique jaune avec trois rangs de galons à feuillages sur les manches. Se tournant vers Adam, il remarqua combien celui-ci semblait impressionné par la jeune femme et sourit
:
« Puis-je vous présenter le Lieutenant Uhura, notre officier de transmission, Monsieur Cartwright ? »
Adam et Uhura se saluèrent mutuellement d’une inclinaison de la tête puis Adam s’approcha du capitaine qui continuait les présentations. Lui indiquant un grand homme près de Uhura : « Lieutenant de Salle », dit-il. Puis, il désigna les deux hommes devant lui qui tournèrent la tête pour accueillir le nouvel arrivant. L’un avait la face jaune comme Hop-Sing mais Adam se rendait compte qu’il n’était pas chinois : « Le lieutenant Sulu », présenta Kirk. Le second homme avait une chevelure touffue qui lui cachait le front : « L’enseigne Chekov », ajouta-t-il.
« Venez ici, Monsieur Cartwright », invita Kirk, « et regardez. »
Il appuya sur un bouton placé sur l’un de ses accoudoirs et un large écran s’alluma devant lui. L’image qui apparut était surprenante pour Adam : le fond était noir, parsemé de petites lumières, un ciel constellé d’étoiles, et, au-milieu, il pouvait contempler un globe géant : « La Terre », murmura-t-il, interloqué.
« Eh oui, Monsieur Cartwright, la Terre telle qu’elle était en 1860. Ce n’est pas une représentation, c’est le monde en réel et vous étiez, il y a quelques heures, un point microscopique sur ce continent. »
Adam n’y tint plus :
« Et pourquoi suis-je ici au lieu de là-bas ? »
« Je vous dois des excuses, vos ne devriez pas être ici. Nous avions besoin, pour soigner Monsieur Spock, d’une substance qu’on ne trouve pas sur Terre au vingt-troisième siècle mais est présente dans l’eau du Lac Tahoe, dans votre siècle. Nous voulions juste tirer un seau d’eau et nous sommes descendus à sept heures du matin, croyant qu’il n’y aurait personne si tôt. »
« Mais nous y étions, mes frères et moi… »
« Et vous avez pris mon communicateur et, sans le savoir, appuyé sur le bouton qui me relie au vaisseau. L’officier en charge a cru que je voulais être téléporté. »
« Téléporté ? »
Kirk fronça les sourcils, se demandant comment il allait expliquer la chose.
« Pour voyager de notre vaisseau à une planète, ou l’inverse, nous utilisons un appareil qui fonctionne avec une sorte de…rayon, gros comme une poutre, fait d’électricité… Vous savez ce qu’est l’électricité ? »
« Oui, j’ai lu les travaux d’Ampère. »
Le Capitaine sourit : il avait de la chance dans son malheur, d’avoir fait monter à bord un homme instruit. Ca aurait pu être pire. Il reprit son explication.
« Disons que ce rayon d’électricité… »
« Pulvérise notre corps en une série de particules qui traversent l’Espace et se réunissent à nouveau quand nous atterrissons, ce qui, quand vous y réfléchissez, est plutôt dérangeant », termina Mc Coy.
« Prof, je vous en prie, ne déstabilisez pas Monsieur Cartwright »
« Ca c’est la meilleure ! Voilà que c’est moi qui déstabilise Monsieur Cartwright ! »
Adam sourit ironiquement : « A propos de « poutre », Capitaine, on dirait que c’est vous qui ne voyez pas celle qui est dans votre œil alors que vous remarquez la paille dans celui de votre voisin. Je traduis ce que pense le Dr Mc Coy, pas moi »
Amusé par l’esprit mordant d’Adam et admiratif devant sa capacité à plaisanter dans la situation où il était, Kirk sourit. Juste comme il se faisait cette remarque, il vit la figure d’Adam redevenir sérieuse.
« Et maintenant, Capitaine, pouvez-vous me dire quelles sont vos intentions ? »
« Eh bien, ce n’est pas simple, Monsieur Cartwright. »
« Vous pouvez m’appeler Adam. On en a plein la bouche de ce « Monsieur » Cartwright. »
« D’accord, Adam. Il faut que nous vous ramenions chez vous. »
Ce fut au tour d’Adam de sourire : « Bien ! Pourriez-vous donner l’ordre à vos hommes de me rendre mes vêtements et de me télétransporter aussitôt que possible ? »
« Un instant. Nous ne pouvons pas aller si vite. Si nous vous renvoyons maintenant, vous vous souviendrez de ce que vous avez vu et appris et nous ne pouvons pas le permettre. Sachant ce que vous savez, vous pourriez modifier la course du temps et nous disparaîtrions tous. Pour vous donner une légère idée du problème, Monsieur Chekov, ici présent, a fait une recherche pour savoir si, dans votre vie, vous aviez fait quelque chose de significatif pour l’Histoire. »
« Et alors ? » “Vous n’avez rien fait de significatif mais vous êtes l’ancêtre d’une personne très importante ». Tout en disant cela, Kirk appuya sur l’un des boutons de son accoudoir. Mary Highstrong apparut.
Adam rata un battement. Il avait l’impression de regarder dans un miroir si ce n’est que les traits reflétés étaient ceux d’une femme et non d’un homme.
« Votre descendante », commenta Kirk. « Son nom est Mary Highstrong et elle a écrit un traité de philosophie, L’émergence de la Galaxisation, en 2146, qui a rendu populaire l’idée de fédérer les planètes afin d’atteindre la paix. »
« D’après ce que j’ai vu sur votre ordinateur, ça a été un succès. »
Kirk eut un sourire en coin : « Vous êtes un bon étudiant, Monsieur… euh, Adam. Aussi, vous voyez bien que nous n’avons pas le choix, nous devons vous ramener chez vous parce que Mary Highstrong descend de votre fille, Clara Cartwright que vous aurez en 1865. »
Le visage d’Adam s’éclaira. « Je vais avoir une fille… Je vais devenir père ». Il résista à grand peine à l’envie de bondir de joie. Puis il revint au moment présent.
« Quel est votre plan ? »
« Nous voulons vous renvoyer quelques secondes avant votre téléportation. Ainsi, tout votre passage chez nous sera effacé de votre esprit. »
A cette pensée, Adam eut un soupçon de regret mais, très vite, il surmonta sa déception. Il valait mieux revenir chez lui aussi ignorant qu’au départ que de rester sur place et devenir savant. Maintenant qu’il savait qu’il allait avoir une enfant, il se disait que cette enfant aurait une mère et il était certain qu’il ne pouvait faire un enfant qu’avec une femme qu’il aimerait profondément. Il se sentait tout excité à cette perspective.
« Je suis pressé de rentrer, Capitaine. »
« Malheureusement, il va falloir être patient, Adam. Mon ingénieur-chef, Monsieur Scott, m’a déclaré qu’il lui fallait trois jours pour ajuster l’appareil à revenir dans le temps. »
« Trois jours ! »
« Du calme, du calme. Nous ne pouvons pas attendre trois jours sinon, nous serons à court d’énergie et je dois retourner sur la Grande Ourse pour refaire mes stocks de dilithium. Le dilithium est notre source d’énergie. C’est pourquoi ils étudient la possibilité de faire le nécessaire en moins de trois jours. »
« N’avez-vous pas de dilithium sur Terre, au vingt-troisième siècle ? »
« Il n’y a pas de mines de dilithium sur terre mais, bien sûr, nous en avons des provisions. »
« Alors, vous n’avez qu’à retourner à votre siècle, faire le plein de dilithium, puis revenir à mon siècle. »
La face de Kirk s’illumina : « Vous avez raison, Adam. Je m’en veux de ne pas y avoir pensé moi-même. » Il pressa un nouveau bouton : « Passerelle à salle des machines. Monsieur Spock ? »
« Capitaine ? »
« Avez-vous trouvé une solution ? »
« Oui, Capitaine. Nous allons retourner dans notre propre siècle, ensuite… »
Kirk l’interrompit. « Ca va, Monsieur Spock. Je sais ce que vous projetez, Adam Cartwright a eu la même idée. »
« Je vous avais dit, Capitaine, que cet homme était très brillant. »
Adam posa la main sur le poignet du Capitaine pour l’empêcher de couper le contact. « Un instant, Capitaine, j’ai une demande à faire. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Même si vous avez une solution pour les provisions d’énergie, je voudrais que Messieurs Spock et Scott essaient d’accélérer le processus. »
« Pourquoi ? Vous pouvez passer ici trois jours agréables à vous amuser et à apprendre plein de choses. Je pourrais vous donner un nouveau professeur plus compétent que Christine Chapel. »
« Mais pendant ce temps-là, ma famille s’inquiète et souffre. »
« Ils ne se souviendront de rien », rappela Spock.
« C’est possible mais en attendant, ils sont en train de vivre un cauchemar. Je connais mon père et mes frères. »
Kirk eut son sourire « à faire fondre le Pôle Nord », selon la formule de Mc Coy.
« Vous êtes peut-être aussi logique qu’un Vulcain, Adam, mais malgré tout, vous êtes définitivement un Humain. Scotty, Spock, faites votre possible pour aller plus vite. Et maintenant, Adam, n’avez-vous pas faim ?
Ben était effondré dans sa chaise rouge, ses yeux rougis regardant dans le vague.
« Pa », implora Joe, « je t’en prie, mange quelque chose, tu ne peux pas rester le ventre vide si longtemps. »
« Ouais, Pa, cela ne sert à rien », ajouta Hoss, « tu as besoin de garder tes forces. Hop-Sing nous a préparé à manger et tu ferais mieux de te nourrir un peu. »
« Nous avons fait tout ce que nous pouvions, nous avons passé les environs au peigne fin, nous avons demandé l’aide de Roy, fouillé toutes les cavernes. »
Ben releva la tête et darda un regard noir sur Joe.
« Ce n’est pas assez, tu m’entends, mon garçon, ce n’est pas assez. »
« Mais que pouvons-nous faire de plus, Pa ? », commenta Hoss, pensant tout haut. « Nous pouvons retourner au lac demain e recommencer ce que nous avons fait aujourd’hui mais je ne pense pas que ce sera très utile. »
Ben se leva : « Ecoute-moi, Hoss, toi aussi, Joe. Je fais le serment que je retrouverai Adam ; mort ou vivant mais je le retrouverai. J’irai en ville demain et j’enverrai un télégramme. Je vais engager le meilleur détective de San Francisco. Un homme ne disparaît pas comme ça ! »
Et tout à coup, il s’écroula à nouveau dans sa chaise rouge, cacha sa tête dans ses mains et se mit à pleurer. Joe et Hoss ne savaient comment le consoler, d’autant plus qu’ils ressentaient le même chagrin que lui.
Au bout d’un moment, Ben se ressaisit. Souriant à travers ses larmes, il s’excusa de sa faiblesse et dit :
« Je vous demande pardon. Je n’aurais pas dû perdre contenance devant vous. »
« Ce n’est rien, Pa, nous comprenons. »
« Quelquefois, ça soulage, de pleurer… »
Ben sourit plus franchement.
« Vous aviez raison tous les deux. C’est stupide de ne rien manger. Passons à table. »
L’objet de tant de pleurs et de tourments était, lui-même, en train de dîner dans la salle de restauration de l’Entreprise, avec le Capitaine Kirk, le docteur Mc Coy et le lieutenant Uhura. Kirk avait laissé le Lieutenant De Salle en charge du commandement sur la passerelle.
Adam regarda la pièce : d’où venait la nourriture ?
Mc Coy le mena auprès d’un panneau et appuya sur un bouton. Un écran apparut : « Maintenant », expliqua-t-il, vous pouvez voir une liste de plats disponibles. Sélectionnez la nourriture humaine : mieux vaut ne pas goûter à la nourriture vulcaine, votre estomac ne la digèrerait pas. De quoi avez-vous envie, viande, légumes, poisson, fruits de mer… »
« Des fruits de mer ? Vous avez des fruits de mer sur un vaisseau spatial ? C’est impossible, il faut, pour cela être au bord de la mer ! »
« De fait, ce n’est pas impossible. Toute la nourriture à bord est surgelée ou desséchée, de telle sorte qu’on peut la conserver des années durant. »
« Et c’est bon, ça, la nourriture surgelée ou desséchée ? »
Mc Coy se fendit de ce sourire en coin qui lui était familier : « Essayez. »
« Il y a des tas de plats avec des noms bizarres. Qu’est-ce que c’est « ratatouille » ? »
« Un mélange de légumes, des aubergines, des courgettes, des oignons, des tomates, des poivrons, revenus dans l’huile d’olive. C’est une recette française. Ce n’est pas mauvais du tout. »
Adam opta pour du homard grillé, des pommes de terre frites, de la ratatouille (juste pour voir) et une tarte à l’ananas. Portant son plateau, il se dirigea vers la table où le Capitaine l’attendait. Mc Coy se joignit à eux et raconta la surprise d’Adam à trouver des fruits de mer sur un vaisseau spatial.
« Alors, Adam, qu’en pensez-vous ? », demanda le Capitaine après la première bouchée.
« Puis-je répondre franchement ? »
« Vous ne le pouvez pas, vous le devez. »
« Honnêtement, Capitaine, si vous n’avez jamais mangé d’autre homard que ça, vous ne connaissez ni le vrai goût, ni la véritable consistance du homard. Quelquefois, quand je vais à San Francisco, je m’offre une petite fête et je commande du homard. C’est infiniment meilleur. Ceci, c’est mangeable mais ce n’est pas du homard. »
Mc Coy fit glisser dans son assiette un morceau de rosbif. « Et que pensez-vous de notre viande ? »
Adam goûta : « Même réponse: vous ne savez pas ce que c’est que du bœuf . »
La douce voix d’Uhura s’éleva : « Ainsi, nous aurions bien perdu autant que nous le soupçonnions. Capitaine, puisque nous avons à retourner au dix-neuvième siècle, ne pourrions-nous pas nos procurer un peu de cette bonne nourriture, juste pour avoir une idée ? »
Adam eut un large sourire. « Je me ferai un plaisir de vous offrir un choix de nos produits, des steaks provenant de notre bétail, du jambon, des œufs, des légumes de notre ferme. »
A ce moment-là, un sifflement se fit entendre.
« Passerelle à Capitaine »
« Ici Kirk. Je vous écoute, Lieutenant. »
« Le commandant Spock et le lieutenant-commandant Scott sont prêts à nous faire repartir dans le vingt-troisième siècle, Capitaine. Nous n’attendons plus que votre ordre. »
« J’arrive, Lieutenant. Mettez le vaisseau sous alerte jaune. Venez avec moi, Adam, ça va vous intéresser. »
Suivi d’Adam et du Lieutenant Uhura, il se dirigea vers l’ascenseur.
L’alerte jaune avait plongé le vaisseau dans un extraordinaire état d’excitation. Des hommes et des femmes couraient dans tous les sens et Adam se demandaient où ils se rendaient avec tant de hâte.
Sur la passerelle, au contraire, les officiers restaient calmes. Monsieur Spock avait regagné son poste. Uhura s’installa à sa place et fit signe à Adam de s’asseoir à côté d’elle. « Agrippez-vous aux accoudoirs » recommanda-t-elle.
Comme elle disait ces mots, Kirk appuya sur un bouton : « Prêt, Scotty ? »
« Prêt, Capitaine. », répondit la voix nasillarde du chef-ingénieur.
Sur cette réponse, Kirk lança la consigne : « Alerte rouge. » et immédiatement une sirène se déclencha. « Allez-y », cria le Capitaine.
Soudain, le vaisseau fut secoué de fortes vibrations. Uhura s’évanouit. Adam lutta un moment puis s’évanouit lui aussi. Quand il reprit ses esprits, il vit le Capitaine qui se redressait et aidait Chekov à en faire autant. Tout à coup, on entendit un sifflement sortir d’un des appareils d’Uhura. « Entreprise, identifiez-vous », entendit Adam. « Fréquences ouvertes », répondit Uhura, « capitaine, l’Amiral Anderson en ligne. »
« Mettez-le à l’écran, Lieutenant », répliqua Kirk. Sidéré, Adam vit apparaître, là où, précédemment, on pouvait voir la Terre et l’Espace, la figure géante d’un homme de couleur noire qui remplissait l’écran. Il portait un uniforme rouge et ses manches étaient recouvertes de galons dorés des poignets jusqu’aux coudes.
« Entreprise, que faites-vous ici ? Vous devriez être en orbite de la cinquième planète de la Grande Ourse. »
Kirk expliqua leur présence et la nécessité où ils s’étaient trouvés de refaire leurs provisions de dilithium. « D’accord », fit l’Amiral, mais après, vous allez changer de trajectoire et partir immédiatement vers la Zone Neutre. Les Romulans redeviennent menaçants. »
« Mais, Monsieur, avant, je dois absolument retourner au dix-neuvième siècle pour y ramener Monsieur Cartwright. »
« Est-ce une nécessité absolue ? »
« Oui, Monsieur. Monsieur Cartwright est l’ancêtre de Mary Highstrong et n’a pas encore engendré d’enfant. Sa fille, qui doit devenir l’arrière- arrière- arrière- arrière-grand-mère de Mary Highstrong doit naître en 1865 et nous l’avons attrapé en 1860. Par ailleurs, aussitôt que ce sera fait, nous pouvons revenir ici exactement à la même heure. »
« Quelles sont vos chances de succès ? »
Adam pâlit. Il ne lui était pas venu à l’idée qu’il pouvait y avoir un risque d’échec.
Kirk se tourna vers Spock qui répondit : « Approximativement, 843,57 sur 882, Monsieur. »
« Bon, allez-y. Je vous donnerai vos instructions à votre retour, Jim. »
« Bien Monsieur. »
L’écran redevint noir puis la Terre apparut à nouveau. « Voulez-vous jeter un coup d’œil sur votre pays, Adam ? », demanda le Capitaine.
Adam fit signe que oui. Uhura fit un zoom et le globe se rapprocha comme s’il allait entrer en collision avec le vaisseau. Le zoom s’accentua et, comme si elle utilisait une loupe géante, Uhura centra l’image sur l’Amérique.
« Regardez, Adam », fit le Capitaine, « vous et moi, sur cette passerelle, nous sommes à peu près les seuls à venir de la même région. Nous sommes Américains tous les deux. »
« Vous voulez dire que nous sommes du même pays », rectifia Adam.
« Non, à notre époque, notre pays, c’est la Terre. Les pays d’autrefois sont devenus des régions. Chekov est un Terrien comme vous et moi, ainsi que Uhura et De Salle. Mais la région d’Uhura est l’Afrique orientale, celle de Chekov est la Russie, celle de De Salle est l’Europe occidentale. Le seul étranger ici est Monsieur Spock qui vient d’une autre planète. »
L’image de l’Amérique était à présent assez grande pour distinguer les Etats. Voici l’Iowa, mon lieu de naissance », continua Kirk, « mais mes origines familiales sont au Texas. Mon grand-père était Texan et il avait l’habitude de dire que nos ancêtres avaient tracé la frontière américaine. Voici maintenant votre Etat, le Nevada et la grande ville qui est là, c’est Reno, et, à 40 kilomètres au Sud, vous trouvez Virginia City. Vous avez de la veine car, comme c’est un endroit touristique, la ville a été préservée des immeubles trop hauts et des tours. »
Adam resta silencieux. Il se doutait bien que son pays serait différent quatre siècles plus tard mais il ne pouvait pas dire qu’il était charmé par cette… campagne urbanisée. « pas assez d’arbres, pas assez d’herbe, trop de routes », pensa-t-il. Le ciel était bondé de véhicules volants ressemblant à des libellules géantes.
« Je suis pressé de rentrer chez moi », murmura-t-il.
Kirk l’entendit et le regarda avec une certaine compassion. Cela avait dû être pour lui une rude journée. « Que diriez-vous d’un peu de repos, Adam ? » Et, sans attendre la réponse, il se tourna vers Uhura :
« Lieutenant, accepteriez-vous d’emmener Adam dans ses quartiers ? »
La gracieuse Bantoue se leva et, avec un délicieux sourire : « Venez, Adam », lui dit-elle.
Adam salua le Capitaine. Leurs regards se croisèrent et chacun put lire dans les yeux de l’autre une compréhension mutuelle. Le capitaine semblait dire : « J’ai remarqué votre intérêt pour Nyota Uhura. Je ne sais pas de quelle nature est cet intérêt, intellectuel ou physique, peut-être les deux, mais je veux vous offrir l’occasion d’avoir une conversation avec elle. »
Le regard d’Adam disait : « J’ai besoin d’une heure ou deux pour me relaxer et avoir une conversation avec quelqu’un de suffisamment instruit pour pouvoir répondre à toutes mes questions. Par ailleurs, je suis intrigué par cette femme noire qui est officier sur un vaisseau spatial et continue, malgré tout, à attirer le mâle que je suis. »
Adam et sa compagne se dirigèrent vers l’ascenseur et disparurent de la passerelle.
Comme il suivait Uhura à travers les corridors du vaisseau, Adam en découvrait les dimensions. Il était aussi grand qu’un village et il réalisa qu’il était loin d’en avoir vu tous les trésors. Il se demandait comment son père et ses frères auraient réagi s’ils avaient été téléportés à sa place. Joe aurait été certainement très excité. Il aurait essayé tout ce qu’il pouvait, aurait parlé à toutes les femmes qu’il aurait pu arrêter, plus intéressé par les gens que par les appareils ou les informations données par l’ordinateur. Hoss se serait vite senti très malheureux : pas d’animaux (peut-être y en avait-il mais Adam ne le avait pas vus, pas de bonne nourriture, rien de familier…
Quant à Ben, Adam pensait qu’il aurait apprécié le docteur Mc Coy : ce dernier était exactement le genre d’hommes que Ben pouvait choisir comme ami. Bourru mais compréhensif, libre penseur mais efficace et loyal dans l’exercice de son métier. Probablement, le marin qu’il avait été aurait respecté le Capitaine mais il n’aurait rien compris à Monsieur Spock. Quant à Uhura…
Ses pensées revinrent à sa jolie compagne alors qu’elle s’arrêtait devant une porte. Elle posa juste la main sur un carré dessiné sur le mur et la porte s’ouvrit toute seule. Adam lui demanda comment ça fonctionnait. « Magnétisme », répondit-elle laconiquement.
La chambre dans laquelle ils entrèrent était assez grande pour contenir un lit derrière une cloison, une table ronde et quatre chaises. Tous les murs étaient bordés par une étagère basse sur laquelle étaient posés plusieurs objets, un ordinateur, un communicateur, un vase avec des fleurs qui avaient l’air vraies (mais il devait découvrir par la suite qu’elles étaient artificielles), une boîte de mouchoirs en papier, un calepin et une paire d’étrange stylos. Dans un coin, Uhura lui montra un panneau avec plusieurs boutons.
« Un bouton par catégorie », dit-elle, « un pour la nourriture, un pour les boissons, un pour les vêtements, un pour les articles de toilette, un pour les loisirs. Si nous prenions un verre ? Que voulez-vous boire ? »
« Puis-je avoir une bière ? », demanda Adam.
« Bien sûr. Quel genre ? Andorienne, romulane, aldorienne ? »
« N’auriez-vous pas tout simplement de la bière… terrienne ? »
« Si. Nous avons de l’irlandaise, de la belge, de la chinoise… »
« Une irlandaise fera l’affaire. »
Uhura commanda la bière d’Adam et un breuvage bleu pour elle. Puis ils s’assirent autour de la table. Ils restèrent un moment sans parler, sirotant leur boisson puis Adam rompit le silence.
« Alors c’est bien ça, dans votre siècle, les Noirs ont les mêmes droits que les Blancs ? »
Elle sourit : « Je me doutais que cela vous surprendrait, ainsi que de voir une femme accéder au rang d’officier dans l’armée spatiale. »
Il approuva de la tête et ajouta : « Vous ne pouvez imaginer combien je suis heureux d’apprendre qu’enfin, le racisme, c’est fini. Au siècle où je vis, il y a beaucoup de ségrégation, envers les Indiens, envers les Noirs. Nous sommes sur le point de déclencher une guerre civile à cause de ça, je l’ai lu dans l’ordinateur. »
« La guerre de Sécession, oui, je sais. Le racisme entre les diverses races humaines, c’est fini maintenant parce que les Terriens ont rencontré des êtres bien plus différents d’eux. Il n’y a plus de racisme entre Humains, nous ne faisons plus attention aux couleurs de peau mais il y a encore du racisme. Il y a quelques semaines, le Capitaine a dû muter u officier parce qu’il entretenait des sentiments mesquins à propos de Monsieur Spock. Les Vulcains ont atteint un haut degré de civilisation dans la plupart des domaines, ils sont bien plus civilisés que les Humains mais ils ressemblent beaucoup aux Romulans. Les Romulans sont des guerriers qui ne croient qu’en la force et la violence. Les vulcains étaient comme eux, il y a cinq mille ans mais ils ont travaillé sur eux-même jusqu’à ce qu’ils arrivent à contrôler toutes leurs émotions. Maintenant, ils sont conduits uniquement par la logique sauf une fois tous les sept ans. »
« Qu’est-ce qui leur arrive, alors ? »
« Ils doivent s’accoupler et ils perdent tout contrôle sur eux-mêmes. Je ne peux pas vous en dire beaucoup parce que je n’ai vu Monsieur Spock dans cet état qu’une seule fois et je n’ai pas été invitée sur Vulcain pour assister au… mariage. Seuls le capitaine et le Docteur Mc Coy ont été admis à se rendre sur la planète et ils sont restés très discrets sur ce qui s’est passé. » Elle gloussa : « Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés à ce sujet de conversation. Parlons de vous plutôt, de votre vie, de votre famille. Etes-vous marié ? »
Ils discutèrent ensemble amicalement pendant deux heures, inconscients du temps qui passait, quand ils entendirent un sifflement : « Lieutenant Uhura, contactez la passerelle. »
Elle répondit à la demande du Capitaine puis se tourna vers Adam : « Désolée, le devoir m’appelle. Profitez-en pour vous reposer. Mais, attendez, vous m’avez dit que vous adoriez l’Opéra. Je vais vous en programmer un. » elle appuya sur un bouton et un écran vide apparut. « Vous m’avez dit que vous avez entendu parler d’un nouveau compositeur, j’entends nouveau pour vous, Verdi. »
« Oui, il y a cinq ans, j’ai lu un article sur une de ses œuvres, Rigoletto, qu’on a donnée à new-York. L’article en disait beaucoup de bien. Je guette les programmes de l’Opéra de San Francisco en espérant qu’ils le donneront mais, pour le moment, je n’ai rien vu venir. »
« Eh bien, ce soir, vous allez pouvoir regarder Rigoletto. Je vous ai choisi ma version favorite. C’est un enregistrement d’une représentation qui s’est donnée au théâtre romain de Vérone, au début du vingt-et-unième siècle. Selon moi, personne n’a jamais fait mieux. C’est Leo Nucci qui fait Rigoletto et Inva Mula qui joue Gilda. Voilà le livret. Regardez et profitez-en. A plus tard.”
Enchanté, Adam découvrit les charmes de la vidéo. Le spectacle l’enthousiasma à tel point qu’il était en train d’applaudir à tout rompre comme s’il était sur place, en chair et en os, quand il entendit un zonzonnement à la porte. Il comprit tout de suite que ce bruit annonçait un visiteur mais comme il ne savait pas comment ouvrir la porte, il se contenta de crier « Entrez. »
Mc Coy fit son entrée : « Tiens, vous regardez Rigoletto ? Bon spectacle. C’est presque fini. J’étais evnu vous suggérer de prendre un peu d’exercice dans le gymnasium. A moins que vous ne préfériez vous téléporter à terre à un endroit où vous pourriez monter à cheval. »
Adam fit un signe de dénégation. « Je crois que ça me suffira de me téléporter à terre une seule fois quand on me renverra chez moi. En revanche, je ne suis pas contre l’idée de me remuer un peu, j’ai les membres engourdis. »
« Parfait ! Venez avec moi et après, je vous emmènerai dîner. Pas de homard, pas de bœuf mais du poulet frit. C’est une recette du Maryland. Je suis sûr que vous allez vous régaler. »
Avant de sortir de la pièce, Adam arrêta le docteur en le retenant par la manche : « Docteur, pensez-vous qu’ils sont vraiment capables de me ramener à mon époque ? »
Mc Coy contempla Adam avec ses magnifiques yeux bleus étincelants : « Ecoutez-moi bien, Adam, quand Jim Kirk dit qu’il va faire quelque chose, il le fait toujours, quoi qu’il en coûte. Par ailleurs, il vient de découvrir une raison de plus de réussir à vous renvoyer. Chekov, qui est jeune et inexpérimenté, a perdu de vue une partie de votre descendance. Vous n’êtes pas seulement l’ancêtre de Mary Highstrong, vous êtes également celui de James Tiberius Kirk. »
« Quoi ? »
« Votre seconde fille, Elisabeth, va épouser un Texan qui est l’aïeul de Jim. Il vient de l’apprendre et va sûrement nous rejoindre dès que possible pour vous présenter ses respects », conclut Mc Coy en riant. « Vous venez, maintenant ? »
« Ouais, M’sieur ! », répondit Adam, pensif.
Jim Kirk rejoignit Mc Coy et Adam pour le dîner, manifestement très excité depuis qu’il savait qu’il était le descendant direct du jeune Cartwright. « Quel âge avez-vous, Adam, euh, Grand-Père ? »
Adam eut un sourire contraint : « Je vous en prie, continuez à m’appeler Adam. J’ai trente ans. »
« Et moi, j’en ai trente-huit. Ne trouvez-vous pas ça drôle ? »
« Bien sûr que si, mon p’tit ! »
Kirk lui sourit : « Parlez-moi de la famille ».
Adam parla longtemps, ayant beaucoup à dire, particulièrement à propos de Ben. « Il est lui aussi votre ancêtre. Vous êtes Capitaine. Le fait d’avoir dans vos veines un peu du sang de Ben Cartwright y est peut-être pour quelque chose. »
Kirk hochait la tête en signe d’assentiment quand apparurent dans la salle à manger Spock et Scotty. « Bonne nouvelle, Monsieur », annonça ce dernier. « Je pense que nous serons en mesure de gagner le dix-neuvième siècle demain matin. »
Adam soupira de soulagement. Ne laissant pas répondre le Capitaine, il s’exclama : « Oh merci, Monsieur Scott, je pense que je dormirai mieux en sachant cela. » Puis, réalisant qu’il aurait dû laisser la parole à Kirk, il rougit. « Excusez-moi, Capitaine », dit-il, d’un air penaud.
« Ce n’est pas grave, Adam. Allez-vous coucher, maintenant, je pense que vous le méritez. A demain matin, je vous verrai avant le grand plongeon. »
Ben se dépêcha de finir les travaux qui lui incombaient et se dirigea vers la maison. Dans la salle de séjour, Joe l’attendait.
« Où est Hoss ? »
« Dehors ».
« Dehors ? Mais je ne l’ai pas vu. » Ben verdit. S’approchant à grands pas de Joe, il l’interpella :
« Ne me dis pas qu’il a disparu, lui aussi… »
« Calme-toi, Pa. Il est juste allé en ville voir le docteur et lui demander une potion qui t’aidera à dormir. »
« Je n’ai rien demandé. »
« Non, mais nous pensons que ça pourrait t’être utile. A Hoss et moi aussi, d’ailleurs. »
Ben s’assit devant le feu. « Tu as probablement raison. Je me sens épuisé, Joe, et pourtant, je suis pratiquement sûr que je ne dormirai pas. J’espère que ton frère ne va pas tarder. »
Un sifflement perça les oreilles d’Adam, le réveillant. La voix d’Uhura lui parvint. « C’est l’heure de se lever, Monsieur Cartwright. Le Capitaine vous attend sur la passerelle d’ici trente minutes. Appuyez sur le bouton « vêtements », vos affaires vous attendent. »
Content de retrouver ses habits habituels, Adam se dépêcha pour être à l’heure. Il était neuf heures quand il fit son apparition sur la passerelle. Spock et Mc Coy étaient là, en train de causer avec le capitaine. Le Lieutenant Uhura était assise à sa place, tripotant ses boutons. Elle gratifia Adam d’un joli sourire.
« Bonjour Adam », l’accueillit le capitaine. « Je voulais juste vous faire mes adieux, nous retournons dans votre siècle à neuf heures trente et vous serez téléporté à dix heures. »
« Est-ce que je vais vraiment oublier tout ce que j’ai vu, entendu, touché et appris ? »
« Consciemment, oui », répondit Mc Coy, « mais dans votre subconscient, vous garderez des sons, des images. Par exemple, s’il vous arrive de réentendre Rigoletto, il n’est pas impossible que vous ayez l’impression d’avoir déjà entendu cet air. Peut-être serez-vous capable de comprendre spontanément un phénomène inconnu de votre temps. »
La face d’Adam s’éclaira. « Bien ! », dit-il.
Un nouveau sifflement se fit entendre : « Chef-ingénieur à passerelle. »
« Oui, Scotty ».
« Nous sommes prêts, Monsieur. »
« Parfait. Alerte rouge. »
La sirène résonna. Spock se tourna vers Adam. « Asseyez-vous à côté du Lieutenant Uhura, Monsieur Cartwright, et regardez cette lumière rouge. Quand elle deviendra verte, agrippez-vous à votre chaise. »
« Pas de problème. Je me souviens de l’effet que ça fait. », répondit Adam en s’asseyant.
Quand le voyage dans le temps fut achevé, Kirk serra la main d’Adam : « Au revoir, grand-père », ne put-il s’empêcher de dire. « Soyez un mari et un père heureux. »
« Au revoir, petit. Essaie d’être heureux toi aussi et souviens-toi que le travail et la carrière ne sont pas les seules choses importantes dans la vie. »
« C’est bien vrai ! » dit Mc Coy.
« Fascinant ! Que c’est humain ! Pour moi, ce conseil n’a aucun sens », commenta Spock en relevant un sourcil.
« Les robots ne peuvent pas tout comprendre, Spock », dit Mc Coy avec ironie.
Kirk eut un large sourire : « Comme vous voyez, Adam, rien ne change. » Puis, il fit un signe de la tête : « Je me souviendrai de votre conseil. Lieutenant Uhura, conduisez mon ancêtre en salle de téléportation, je vous prie. »
La gracieuse Bantoue sauta de son siège : « Suivez-moi, Adam »
Ils arrivèrent rapidement en salle de téléportation. « Je crois que nous avons un quart d’heure devant nous ».
« Et je crois que le capitaine l’a fait exprès pour nous donner le temps de nous dire adieu. »
« Comment un gentleman dit-il adieu à une dame, au dix-neuvième siècle ? »
« Oubliez le dix-neuvième siècle. Faisons cela à la façon du vingt-troisième. J’ai droit à un peu plus de hardiesse, non ? »
Et sans attendre la réponse, il passa son bras autour de ses épaules et l’embrassa légèrement.
« Est-ce correct, pour le vingt-troisième siècle ? »
« Un peu timide ».
« Je peux faire mieux » ; et le second baiser fut nettement plus appuyé.
Puis il s’écarta : « Je crois que cela suffit. Vous au moins, vous vous en souviendrez et j’espère que ce sera un bon souvenir.
Elle le regarda intensément : « Oui, Adam, ce sera un souvenir que je chérirai. Dans d’autres circonstances, nous aurions pu être de bons amis. »
« Seulement des amis ? »
Elle eut un léger sourire : « Peut-être plus. Adieu Adam ».
« Adieu, jolie Madame », et il sauta sur le transporteur.
A ce moment précis, Scotty apparut.
« Prêt, Monsieur ? »
Il s’approcha de l’appareil, activa des leviers et se mit à compter « Dix, neuf, huit, sept… »
********************************************************************************************************************
De joyeuse humeur, Adam, Hoss et Joe menaient leurs montures à faible allure. Ils profitaient de l’air du matin. C’était une belle journée qui commençait et ils avaient une matinée de congé. Approchant du lac, ils eurent l’impression d’entendre parler des gens pas loin d’eux.
Joe prit la tête, Adam le suivit. Hoss fermant la marche, vit tout à coup des étincelles entourer le corps de son frère aîné.
« Adam, qu’est-ce qui t’arrive ? »
Adam tourna la tête : « Quoi, qu’est-ce qui m’arrive ? Rien. Pourquoi demandes-tu ? »
Hoss se sentit confus. « Fais pas attention. J’ai cru voir une sorte de lumière autour de toi. Sans doute un effet du soleil. »
Joe se mit à rire : « Dépêche-toi, Hoss, tu as besoin de ton bain. L’eau fraîche va te faire du bien. »
Adam lui coupa la parole : « Plutôt que de plonger dans le lac, pourquoi ne pas grimper dans la montagne et trouver une cascade. J’ai envie de sentir de l’eau couler sur mon corps. »
« Tu entends ça, Hoss, il a envie de sentir de l’eau couler sur son corps. »
Hoss gloussa : « C’est tout ? »
« Oui, c’est tout. »
« Je crois qu’on pourrait l’aider, tu ne penses pas, Joe ? »
Voyant Joe cligner de l’œil, Adam comprit qu’il ferait mieux de prendre du champ. Talonnant les flancs de sport, il partit au galop.
Pendant ce temps-là, Ben se versait une nouvelle tasse de café. Il était d’humeur délicieuse. Parfois, il était bon de se retrouver seul à la maison. La veille, ses trois fils avaient émis l’idée de se lever tôt et d’aller faire un plongeon dans le lac et une partie de pêche. Il avait été heureux de pouvoir leur donner leur matinée.
Il avait projeté de mettre à profit cette matinée libre pour ranger son bureau et rien ne pourrait l’empêcher de mettre ce projet à exécution.
FIN
![]()